Ile Tristan, les amours maudites
Voile blanche, voile noire, deux destins basculent, une légende s’installe. Et si l’histoire rejoignait la légende ?
L’île de l’ermite saint Tutuarn, celui-là même qui a donné son nom à Douarnenez, garde l’entrée du port. Par grande marée basse, on dispose de deux heures pour en faire le tour à pied sec. Si l’on s’y fait surprendre par le flot, on est assuré de nager en pleine légende tant les lieux recèlent de récits merveilleux. A commencer par celui de la ville d’Ys dont les cloches résonnent encore à l’oreille des marins.
En ce temps-là, pour les beaux yeux d’un prince charmant qui est le Diable en personne, Dahud, la fille du roi Gradlon, trahissant les siens, remet les clés des écluses de la ville d’Ys à son amant. Les eaux déferlent sur la cité qui s’engloutit à jamais. Alerté par saint Guénolé, Gradlon peut s’enfuir à cheval avant l’inondation totale. Mais pour échapper aux vagues, il doit alléger la charge de sa monture et abandonner sa fille dans les flots.
C’est également un conte tragique que rapporte le cycle de Tristan et Yseut. Tristan, neveu du roi Marc de Cornouaille (anglaise), guéri d’une blessure par les soins d’Iseut la Blonde, épouse de son oncle, partage par erreur un philtre d’amour avec elle. Tous les efforts des amants pour se séparer resteront vains, même le mariage de Tristan avec Yseut aux Blanches Mains que l’on identifie comme originaire de Carhaix. Tristan, blessé à nouveau, fait appeler Yseut qui seule peut le guérir. Si elle accepte, la voile du messager doit être blanche. La femme légitime de Tristan l’annonce noire. Tristan en meurt de chagrin et Yseut, débarquant trop tard, meurt à son tour.
Où débarque-t-elle ? A l’île Tristan : c’est ce qui ressort d’une très sérieuse étude toponymique et historique de Bernard Tanguy, chargé de recherche au CNRS.
Il n’apporte pas de preuve formelle mais un faisceau de présomptions. Comme par exemple, et entre autres, le nom du roi Marc que l’on retrouve dans le lieu-dit Plomarc’h, un quartier de Douarnenez riche en vestiges. D’autre part, dans le roman, le héros est dit “Tristan de Léonois”. Dans l’atlas du géographe arabe Idrisi, Léones ne peut être que Douarnenez. Bernard Tanguy estime, en outre, que la dénomination île de Saint Tutuarn n’a été que temporaire et que le lieu a repris son ancien nom de Tristan.
D’autres amours maudites se sont épanouies à l’île Tristan : Guy Eder, fameux et terrible brigand plus connu sous le nom de La Fontenelle y abrita sa passion pour la jeune fille noble qu’il avait enlevée, Marie de Koadelan. Lorsqu’arrêté et condamné à mort pour ses crimes, La Fontenelle fut roué en 1602, Marie, moderne Yseut, mourut de chagrin à l’île Tristan.
Par Pol Téodeg, texte publié en août 2001 (Bretagne Magazine n°14).



