You are here: Home Le coin des lecteurs Texte diable intégral
Document Actions

Texte diable intégral





Qui cherche le diable finit par le trouver...

On le redoute en Bretagne comme ailleurs. Peut-être même plus qu’ailleurs, dans ce pays où la foi était aussi virulente que les anciennes croyances tenaces. Les missionnaires y montraient aux paroissiens des images terribles de l’enfer : le moindre péché - une œillade, une danse volée, une broutille - y vouait les jeunes gens à l’enfer à perpétuité. Il y a cinquante ans, tous tremblaient en songeant à “an Diaoul”.
Mais un je-ne-sais-quoi d’irrespectueux vise souvent la figure démoniaque : est-ce de n’avoir connu le Cornu qu’avec l’arrivée des moines irlandais ? Ici, la per­sonnification du Mal passe mal. Habitués à plus de rondeur et de connivence, les Bretons ne peuvent s’empêcher de pactiser un brin, de se concilier par des menues offrandes la clémence du Malin, qui partage finalement le pouvoir avec Dieu : certaines céréales - comme le  froment - furent créées par Dieu, d’autres, comme le blé noir, proviennent du Diable. L’âne serait de souche diabolique et le cheval, d’origine divine.
Puisqu’ils ne peuvent nier ce satané revers du monde, les Bretons s’en accommodent. Mieux, ils le bernent. On ne compte plus les récits où un meunier ou un paysan, las de faire un détour pour passer une rivière, pactise avec le Diable pour la construction d’un pont en échange de «la première âme» à le franchir. Fidèle à sa parole, le démon construit l’ouvrage en une nuit et revient le matin s’emparer de l’âme promise. Le compère lâche un chat sur le pont. À malin, malin et demi, Satan est roulé.

Texte : Sandrine Pierrefeu

Rechercher